Vues d'expositions

« Habiter », Musée Regard de Provence, 2026

L’exposition Habiter de Gilles Barbier au Musée Regards de Provence regroupe une quarantaine d’œuvres. Même si une grande partie d’entre elles ont été produites pour l’occasion, elle intègre dans son parcours des pièces existantes, dont les plus anciennes datent de 1992. En effet, certaines séries – les Pions, Habiter la Peinture – l’accompagnent depuis le début. D’autres familles d’œuvres, plus tardives – habiter la Viande, Stasis, Naufrages – éclairent ces gestes initiaux en les amplifiant, en les détournant ou en bousculant leur régime d’apparition. Sans avoir la prétention d’une rétrospective, cette exposition met toutefois à jour un motif qui traverse le travail de cet artiste depuis plus de trente ans et qui n’avait jusqu’alors jamais été articulé avec évidence.

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Ce principe, qui cherche à trouver les moyens de s’incarner dans les choses comme dans la pratique de l’art, arrive très tôt dans l’œuvre de Gilles Barbier, notamment à travers le dispositif fondateur du Jeu de la Vie. Il ne cessera d’en développer le potentiel dans de très nombreuses séries, en progressant suivant un schéma arborescent, comme c’est toujours le cas chez cet artiste. Dans trois salles du musée, grandes peintures, sculptures et collages rythment un parcours organique que traverse trois axes essentiels – habiter la peinture, habiter le corps, habiter le temps.
Il est ici important de rappeler que l’un des gestes les plus singuliers de Barbier consiste à aborder les choses non comme des objets, mais comme des lieux : Corps, langage, medium… En glissant du quoi vers le où, les territoires mentaux de la peinture, de la sculpture et de la chair deviennent des paysages où séjourner. Cette attention au lieu pose la question de leur occupation : propriétaire ou locataire ? Mais de quoi, exactement – de ses souvenirs, de sa conscience, du monde ? Barbier ne cherche ni à conquérir, ni à hiérarchiser : il visite, il observe, il emménage dans tout ce qu’il touche, s’y installe. Ses œuvres cherchent à habiter le réel, à en avoir l’usage sans le posséder, souvent avec humour, avec effroi parfois.
Cette attention s’enracine dans une pratique du faire : dessins, carnets, recherches techniques et protocoles précèdent chaque œuvre. La virtuosité de Barbier, toujours au service du sens, relie la main et la pensée dans une exigence rare de précision et de justesse.
Tout au long du parcours de cette exposition, une même éthique se dessine : ne pas conquérir, ménager. Opposer à la démarche et à sa supposée cohérence une poétique de l’aise, cet espace de décentrement où chaque chose peut tenir sans exclure l’autre. Chaque espace est un espace en plus, et aucune de ces œuvres, dans la diversité qui les caractérise, ne chasse l’autre.